Chez Garance, une comédie qui ne s'interdit pas l'émotion : la vanne potache y côtoie la réplique qui serre la gorge, et la pièce distribue l'ironie sans jamais distribuer les torts.
Sur le plateau, rien ne s'arrête, les conversations se croisent, se répondent, et le public, pris à témoin par Garance dès la première minute, a souvent un temps d'avance sur les personnages : il sait ce qu'ils se cachent les uns aux autres, et croit savoir le reste. Quant aux trois mots affichés au mur (cordialité, courtoisie, bienveillance), d'abord risibles à force d'être répétés, ils finissent par devenir la méthode : ici, tout se dénoue parce que quelqu'un prend la peine d'écouter.
Sept rôles, sept partitions distinctes, aucun second plan.
On rit de ces sept-là d'un bout à l'autre.
On en sort en se demandant lequel on est.
Femme d'âge mûr, grande, calme, posée.
Elle est aussi méticuleuse et soucieuse du détail : il faut que tout se passe comme elle l'a prévu, sinon elle s'agace.
Cultivée, discrète, attentionnée, contrôlante. Elle vient d'une famille de majordomes. Comme le métier a disparu, elle a dû se choisir une autre voie, mais elle en a gardé la tenue et le sens du service.
Elle veut que les gens soient heureux. Dans son bar, elle a surtout vu des gens tristes qui viennent boire pour oublier leurs soucis. C'est pour ça qu'elle organise ces soirées. Selon elle, le plus dur est d'avoir l'occasion de rencontrer quelqu'un et d'oser lui parler. Après, ça va tout seul.
Elle n'aime pas les disputes, ni même les discussions qui s'enflamment. Très calme d'ordinaire, elle peut cependant se mettre dans une rage terrible quand la situation devient trop conflictuelle.
Comptable dans le civil, et dragueur professionnel le reste du temps. Il prend la chose très au sérieux : une méthode, un vocabulaire, des défis chiffrés, et un petit carnet où il consigne ses résultats.
Il a sa théorie sur ce que veulent les femmes, et il l'applique avec la constance d'un homme qui a mesuré son rendement. Rien n'y est laissé au hasard.
Il saute sur tout ce qui bouge (« et même ce qui bouge pas ! »). Devant une nouvelle proie, il s'invente une vie différente à chaque fois (« plus c'est gros, mieux ça passe ! »).
Il change alors complètement de personnalité, devient charmant et posé, et joue un rôle qu'il connaît sur le bout des doigts. Il aime expliquer. Devant quelqu'un de moins doué que lui, il prend un ton professoral et distribue les conseils. Mais il ne rend jamais service pour rien : s'il aide quelqu'un, c'est que ça l'arrange.
Le mec le plus normal du monde.
Franck n'a pas l'air bien dans sa peau, un peu renfermé. Il est marié depuis plusieurs années et ça ne va pas très fort dans son couple : la routine lui pèse et il avait un peu abandonné l'envie d'être heureux. Il est venu une première fois par hasard, après une énième dispute avec sa femme. Pas pour une aventure, il est fidèle. Mais il y a redécouvert le frisson de la séduction, séduire et être séduit, ce qu'il n'avait plus vécu depuis des années. Sans jamais aller plus loin.
À l'en croire, son couple s'en est trouvé mieux. C'est en tout cas la raison qu'il se donne pour revenir : paradoxalement, fréquenter une soirée de rencontres pour reprendre confiance en lui et réapprendre à séduire sa femme.
Le raisonnement se tient. Il est simplement le seul à en connaître tous les termes.
Trentenaire, célibataire, professeur de mathématiques. Méthodique, très réservé, mal à l'aise dès qu'il faut adresser la parole à quelqu'un.
Il ne voulait pas venir, et il le fait savoir. Ces rencontres, il les juge artificielles.
Il a fini par céder sous la pression, mais il entend faire les choses correctement, et comme il ne sait pas s'y prendre autrement, il traite la soirée comme un exercice à rendre.
Sans envie, terne, il paraît quinze ans de plus que son âge. Rien d'irréversible : il a simplement été protégé un peu trop longtemps.
La cinquantaine, mais elle paraît plus jeune. Pétillante, directe, sans le moindre filtre.
Depuis que son mari est parti avec une gamine, elle rattrape sans complexe tout ce qu'elle estime avoir manqué. Elle sort beaucoup, elle rencontre du monde, et elle en parle volontiers, parfois plus qu'on ne lui en demande.
On aurait tort de la croire naïve. Elle a beau déborder d'enthousiasme, rien ne lui échappe.
Elle fait partie de ces gens qui veulent le bonheur des autres et qui s'en occupent sans leur demander leur avis. Ce soir, elle a une idée derrière la tête.
La quarantaine, séduisante, et visiblement pas venue pour s'amuser.
C'est la dernière à entrer, et la plus discrète de tous. Elle parle peu et observe beaucoup.
Elle a l'air de suivre une idée qui n'a pas grand-chose à voir avec la soirée. Elle ne donne d'ailleurs même pas son vrai prénom.
Elle a l'habitude de faire passer les autres avant elle, et elle commence à trouver le compte mauvais. Ça l'a laissée fatiguée et sur ses gardes.Il ne faudrait pas la croire éteinte pour autant.
Quand elle se décide à parler, elle ne prend pas de gants, et il lui reste une envie de plaire qui ne demande qu'une occasion.
Assistante sociale, et parfaitement informée. Elle a changé de terrain en cours de route : après des années passées auprès des plus démunis, elle accompagne aujourd'hui des malades en fin de vie.
Une question de renouvellement, explique-t-elle, avec un naturel qui laisse ses interlocuteurs sans voix.
Xavière dit tout, tout le temps, exactement comme elle le pense. Son humour est très noir et elle ne voit pas où est le problème. Elle est généreuse. Dès que quelqu'un s'affole, elle dédramatise.C'est aussi la plus détendue de l'assemblée.
Elle est venue pour elle, sans arrière-pensée, et ne voit aucune raison de s'en cacher.
Répétitions, fous rires, concentration… et des moments de fête. C'est ça aussi une troupe